« Carnets de voyage. Chapitre : LA MAISON »

« Parce qu’il vivait là et que c’était sa maison… Et que chaque jour à son âme il parlait…

Les sillons craquelés par le soleil et les embruns salés en ces terres rouges mélangées d’oliviers, de senteurs, de vignes et de blés, trahissaient en ses yeux qu’il était depuis toujours le maitre de ces lieux. Les herbiers hauts et parsemés étaient le juste reflet de sa barbe hirsute ; mèches blanchies à l’image calcaire des pourtours de son ile ; alambiques de boucles où bien des oiseaux auraient pu se nicher.

Il l’avait espérée toute sa vie, la retrouver comme à l’ancien temps. Il l’avait rêvée, dessinée mille fois de ses courbes par la pensée… La parcourir de ses mains fortes marquée par la terre vaste et fastueuse. Et sur les plaines et les monts de sa peau cristalline, parsemée d’ici, de là, se délecter des quelques tâches brunes dont le grain en faisait la beauté.

Son béret était parfois de travers. Il marchait de guingois. Et par-dessus l’épaule jetée, courbé sur l’échine, le sac en lin vieilli, supportant les maintes richesses qu’il trouvait.

Il ramassait aussi le petit bois pour approvisionner le four de pierre qu’il lui avait construit. Pour y cuire ses pains de céréales et d’épeautre ou y confire quelques légumes et autres mets. Elle, aimait des plantes : soigner, comprendre leurs subtils, distiller leurs pistils pour y puiser la source de sa vitalité.

Un jour, après quelques années heureuses elle partit sans laisser mot, sans même une trace. Il était persuadé qu’elle allait découvrir des fleurs médicinales nouvelles dans les montagnes sur lesquelles elle se promenait.
Elle s’absentait souvent pour parler, selon elle, aux Elfes, et apprendre de leurs secrets. Elle lui exprimait toute sa gratitude pourtant, chaque jour, de pouvoir être ainsi dès son retour, si choyée et aimée… Mais elle lui disait aussi très souvent qu’aux confins des terres escarpées, ils auraient un jour son cœur, tant joyeuse de les retrouver, de battre si fort s’amplifiait…

Et un matin, d’un arrêt sur les hauteurs, à l’extrémité des cimes du monde, comme un ange,… un soupir.
Ô Amour!

Alors depuis, il attendait, là…

Parce qu’il vivait là et que c’était sa maison. Et que chaque jour à son âme il parlait… »

© Julie MECHALI / Tous droits réservés (photo et texte)